Série complète des 36 vues du Mont Fuji d’Hokusai, réédition japonaise Yuyūdō de 1960, présentée dans son carton d’origine chez KOGEDO

Les 36 vues du Mont Fuji : comprendre la série iconique de l’estampe japonaise

Début 2026, chez KOGEDO, nous avons eu la chance de ramener du Japon la série complète des 36 vues du Mont Fuji 富嶽三十六景 (Fugaku-sanjūrokkei) de Katsushika Hokusai, dans une réédition japonaise de 1960 par Yuyūdō, imprimée selon les techniques traditionnelles de l’estampe sur bois.

C’est l’occasion idéale de revenir sur cette série majeure de l’ukiyo-e, bien au-delà de la célèbre Grande Vague de Kanagawa (magnifique au demeurant), et de comprendre pourquoi elle occupe une place si importante dans l’histoire de l’art japonais.

Les 36 vues du Mont Fuji : repères essentiels

Avant d’aller plus loin, quelques éléments de contexte.

La série des 36 vues du Mont Fuji est réalisée par Katsushika Hokusai entre 1830 et 1832, à la fin de l’époque Edo.
Elle appartient au genre du paysage (fūkei-ga), alors en plein essor.

À cette époque, le Mont Fuji est :

  • un symbole spirituel fort,
  • un lieu de pèlerinage,
  • un motif profondément ancré dans l’imaginaire japonais.

Hokusai en fait le fil conducteur d’une série ambitieuse, pensée dès l’origine comme un ensemble cohérent.

Une série… qui dépasse son propre titre

💡 Le saviez-vous ?
La série s’intitule 36 vues du Mont Fuji, mais elle compte en réalité 46 estampes.

Face au succès rencontré, Hokusai ajoute 10 vues supplémentaires après la première publication.
Une extension qui enrichit la série et renforce son caractère presque obsessionnel autour du Mont Fuji. Et on a bien tooooute la série 36+10 !

vue du mont fuji enneigé au bord du lac Kawaguchiko avec un arbre kaki devant

Une géographie bien réelle

Toutes les estampes de la série représentent des lieux existants du Japon, depuis lesquels le Mont Fuji est visible — ou supposé l’être.

On y reconnaît :

  • des routes fréquentées,
  • des villages,
  • des ponts,
  • des rivières,
  • des côtes maritimes.

Hokusai ne peint pas un Fuji abstrait.
Il l’inscrit dans une géographie concrète, familière à ses contemporains.

Regarder la série complète, c’est comme feuilleter un magnifique album photo du Japon de l’ère Edo, avec le Mont Fuji en arrière-plan.

Et si on suivait les 36 vues aujourd’hui ?

Cette dimension géographique ouvre une idée fascinante.

💡 Fun fact :
Il est possible de parcourir le Japon en retraçant les points de vue des 36 vues du Mont Fuji :
un véritable pèlerinage, entre paysages transformés et horizons encore reconnaissables. Une façon de prolonger le regard d’Hokusai, presque deux siècles plus tard.

Et d'ailleurs c'est exactement ce qu'a fait le photographe Julien Rocheblave !

冨嶽三十六景 東海道金谷の不二-Fuji Seen from Kanaya on the Tōkaidō (Tōkaidō Kanaya no Fuji), from the series Thirty-six Views of Mount Fuji (Fugaku sanjūrokkei)

Le Mont Fuji, omniprésent… mais rarement central

Lorsqu’on observe la série dans son ensemble, une chose surprend :
le Mont Fuji n’est pas toujours le sujet principal.

Parfois minuscule, parfois partiellement caché par :

  • une vague,
  • un pont,
  • une colline,
  • ou un premier plan très animé,

il agit comme un repère silencieux, pendant que la vie humaine occupe le devant de la scène.

Le Fuji est immobile.
Le monde autour de lui est en mouvement.

Un peu un "Où est Charlie" version Hokusai !

Estampe Hokusai 36 vues du Mont Fuji, Fuji vu du quartier des plaisirs de Senju, reproduction début Shōwa Bijutsusha, samouraïs et seigneur féodal entrant dans une maison de thé

Un Japon qui travaille

Les 36 vues du Mont Fuji sont aussi une formidable chronique du travail quotidien.

On y voit :

  • des pêcheurs,
  • des porteurs,
  • des charpentiers,
  • des artisans,
  • des voyageurs.

Souvent, des objets volent de main en main : ballots, seaux, outils.
Hokusai saisit le geste, l’effort, l’instant suspendu.

Ce n’est pas un Japon idéalisé, mais un Japon actif, rythmé par le travail et les saisons.

Le bleu de Prusse : une révolution technique

Visuellement, la série marque un tournant grâce à l’utilisation du bleu de Prusse (bero-ai).

Ce pigment, importé d’Europe au début du XIXᵉ siècle, est :

  • plus profond,
  • plus stable,
  • plus résistant à la lumière que les bleus traditionnels.

Hokusai l’exploite magistralement pour la mer, le ciel et les ombres, donnant à la série une modernité saisissante qui frappe encore aujourd’hui.

Et il faut le dire, le bler de Prusse et ses dégradés, c'est tout simplement sublime !

Perspective occidentale et regard japonais

Hokusai intègre également des principes de perspective occidentale, alors nouvellement introduits au Japon :

  • profondeur marquée,
  • lignes de fuite,
  • premiers plans très présents.

Mais il ne les applique jamais de façon académique.
Il les adapte à une sensibilité japonaise plus libre, plus graphique, créant des compositions très dynamiques.

Hokusai va d'ailleurs bien rendre la pareille à l'Occident en termes d'inspiration, car il sera avec cette série une des principales origines du mouvement du Japonisme, arrivé en Europe au milieu de XIXème siècle.

Une œuvre de maturité

💡 Le saviez-vous ?
Hokusai avait plus de 70 ans lorsqu’il réalise les 36 vues du Mont Fuji.

Loin d’une œuvre tardive figée, la série déborde d’énergie, d’inventivité et de liberté.
C’est une œuvre de maturité, mais aussi de curiosité intacte.

Pourquoi voir la série entière change la lecture

Une estampe prise isolément est déjà un plaisir.
Mais voir la série complète permet de comprendre :

  • les répétitions,
  • les variations,
  • les obsessions visuelles d’Hokusai.

On passe d’images emblématiques à une véritable réflexion sur le paysage, le temps et la vie quotidienne.

C’est aussi pour cette raison que nous avons souhaité prendre le temps de regarder cette série comme un tout avant de la proposer à la vente, estampe par estampe.

Nos vues préférées chez KOGEDO

Devant une série aussi riche, il est difficile de choisir. Et c’est peut-être justement là que réside le plaisir : chaque regard s’attache à une vue différente, selon sa sensibilité, son humeur, ou son histoire personnelle avec le Japon.

On va essayer de ne pas vous dire : La grande vague de Kanagawa, le Fuji rouge et l'orage sur le sommet, même si elles sont sublimes (encore plus quand on les tient entre ses mains !)

Mikan : Umezawa dans la province de Sagami
"J'aime trop les grues au premier plan sur cette estampe !"

「冨嶽三十六景 相州梅沢左」-“Umezawa Manor in Sagami Province,” from the series Thirty-six Views of Mount Fuji (Fugaku sanjūrokkei, Sōshū Umezawa zai)

Tôma : La passe de Mishima dans la province de Kai.
"Le dégradé de couleurs sur le Fuji est superbe, et j'adore les nuages stylisés par Hokusai. Le premier plan avec les voyageurs qui enlacent l'immense cèdre est très original"

冨嶽三十六景 甲州三島越-Mishima Pass in Kai Province (Kōshū Mishima goe), from the series Thirty-six Views of Mount Fuji (Fugaku sanjūrokkei)

Quant à Kogechan : Reflet du mont Fuji dans le lac Kawaguchi, vu depuis le col Misaka dans la province de Kai.
"Jadore le reflet du Fuji dans le lac Kawaguchi, en plus j'y suis allé c'est trop beau !"

冨嶽三十六景 甲州三坂水面-Reflection in Lake at Misaka in Kai Province (Kōshū Misaka suimen), from the series Thirty-six Views of Mount Fuji (Fugaku sanjūrokkei)

Certaines estampes de la série des 36 vues du Mont Fuji seront proposées à la vente individuellement au fil du temps.
Elles seront à retrouver dans notre collection d’estampes japonaises, pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la découverte.

Et toi, laquelle des vues est ta préférée ?

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1 commentaire

Très intéressantes explications sur la série d’estampes du Mont Fuji de Hokusai

RUSSO

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