
Découvre les secrets de la teinture japonaise Shibori
Il y a des tissus qui parlent doucement, mais qu’on n’oublie pas. Le shibori, lui, ne crie jamais. Il se laisse approcher. Il intrigue. Il garde la trace du geste. Et parfois, à contre-jour, on voit encore les marques de l’aiguille…
L’art de teindre en réservant
Le shibori (絞り) est une technique japonaise de teinture par réserve : on protège certaines zones du tissu avant de le plonger dans une teinture, souvent à base d’indigo. Le résultat ? Un motif qui naît des zones « épargnées » par la couleur. Rien n’est imprimé, tout est manipulé.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le shibori n’est pas une technique unique. C’est plutôt une famille de gestes : on peut plier, torsader, nouer, comprimer, coudre… Chaque méthode donne une esthétique différente.
Parmi elles, l’une des plus fascinantes : le nuishibori, ou shibori cousu. On coud à la main de tout petits points réguliers dans le tissu, souvent sur de longues lignes, avant de tirer sur le fil pour le froncer. Une fois plongé dans la teinture, le tissu garde cette forme serrée. On le laisse sécher, puis on coupe les fils : le motif est là, intact. Un dessin de petits points ou de carrés, toujours un peu irrégulier. Toujours vivant.
🧵 À savoir : sur les pièces traditionnelles, on peut souvent voir les trous laissés par les aiguilles. Des marques discrètes, mais bien réelles. Comme si le tissu avait sa mémoire.
Une affaire de patience
Le shibori, c’est tout sauf rapide. Certaines pièces peuvent demander des jours entiers de préparation avant même d’approcher un bain de teinture. Et tout peut se jouer à quelques millimètres près : la tension du fil, le temps d’immersion, l’épaisseur du tissu… Pas deux résultats identiques.
C’est justement ce qui fait son charme : chaque motif est unique, impossible à reproduire à l’identique. Le contraire de la production industrielle. Le shibori ne se contrôle pas. Il se respecte.
Une histoire de lieu
Arimatsu
Si l’on parle de shibori, on ne peut pas ne pas parler d’Arimatsu, petite ville située dans la préfecture d’Aichi, du côté de Nagoya. Depuis le XVIIe siècle, Arimatsu est le grand centre du shibori artisanal. Là-bas, tout ou presque tourne autour de cette technique : ateliers familiaux, boutiques, musées… On y trouve encore des artisans qui pratiquent le shibori à la main, selon les méthodes anciennes.
Arimatsu
D’autres régions du Japon ont développé leurs propres variantes, mais Arimatsu reste la référence. Pour les amateurs, c’est un passage obligé.
Pourquoi c’est beau
Parce que c’est un motif qui ne fait pas que décorer : il raconte.
Parce qu’il y a une vérité dans ces points cousus, dans ces plis tirés à la main.
Parce que c’est une beauté non lisse, imparfaite, organique — et donc profondément japonaise.
Chez KOGEDO, c’est un motif qu’on adore ! Il n’est pas rare de croiser un haori en shibori, déniché au fil d’un marché au Japon. Si tu en vois un, regarde bien : les points ne sont jamais là par hasard.