
Utagawa Kunisada Toyokuni III : Le maître aux 20000 estampes japonaises
Parmi les grands noms de l’ukiyo-e, Utagawa Kunisada occupe une place à part. Prolifique, populaire, parfois boudé par la critique mais adoré de son vivant, il a été l’un des artistes les plus influents et les plus regardés de l’époque Edo. Et pour cause : il a immortalisé à lui seul des milliers de scènes de kabuki, des portraits élégants de femmes, et même des paysages... mais à sa façon.
Chez Kogedo, on l’aime beaucoup. Et puisqu’on a sélectionné de belles estampes de lui dans notre boutique, on vous propose de faire plus ample connaissance avec ce géant de l’estampe japonaise.
Une ascension fulgurante dans l’école Utagawa
Kunisada naît en 1786 à Edo (Tokyo), dans une famille modeste. Très jeune, il montre un talent évident pour le dessin. Il entre en 1800 dans l’école Utagawa, sous la direction du maître Toyokuni I. Il adopte alors le nom de Kunisada.
Dès 1807, il publie son premier livre illustré, et dès l’année suivante, ses premières estampes d’acteurs kabuki font fureur. Contrairement à certains confrères qui mettront des années à percer, Kunisada devient une star en un éclair. À tel point qu’au sommet de sa carrière, il dépasse Hokusai et Hiroshige en popularité. Oui, rien que ça.
Une querelle d’héritage digne d’un drame kabuki
En 1825, à la mort de son maître Toyokuni I, c’est Toyoshige (gendre et élève du maître) qui hérite du nom de Toyokuni II. Kunisada, convaincu qu’il est l’héritier artistique légitime, digère mal cette décision.
Pendant un temps, il signe ses œuvres « Kunisada, bientôt Toyokuni II » — une manière polie (ou pas) de faire passer le message. Finalement, en 1844, il prend officiellement le nom de Toyokuni III, et son immense production contribuera à faire oublier les querelles de succession. Mais l’anecdote reste savoureuse : même dans l’art, les noms comptent.
Un œil sur le théâtre : Kunisada et le kabuki
S’il fallait résumer Kunisada en un mot, ce serait sans doute kabuki. Il en a fait des milliers de représentations. Littéralement. Tous les grands acteurs de son temps sont passés sous son pinceau, dans tous les rôles, costumes, et expressions possibles.
On pourrait presque dire qu’il tenait le journal visuel du théâtre kabuki de son époque. Et vu le volume, on peut se demander s’il n’avait pas une loge attitrée à l’année.
Ses séries les plus célèbres de portraits d’acteurs restent des références : expressivité, détails de costume, poses dramatiques… on s’y croirait. Un vrai musée de papier. Mais Kunisada ne se limite pas au kabuki. Il est aussi l’auteur de plusieurs séries marquantes avec notamment des collaboration avec son ami et rival Hiroshige.
Un artiste sous-estimé... puis redécouvert
Pendant longtemps, Kunisada a été un peu snobé par la critique. Trop populaire, trop commercial, trop productif, disaient certains. Mais aujourd’hui, on redécouvre la richesse et la variété de son œuvre. Avec plus de 20 000 dessins réalisés au cours de sa vie, Kunisada a profondément marqué le paysage visuel de l’époque Edo.
Et contrairement à l’image figée d’un art traditionnel, ses estampes ont quelque chose de vivant, de direct, presque de contemporain.
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Tôma :
"Quand je regarde une estampe de Kunisada, j’ai l’impression d’être assis au premier rang d’un théâtre kabuki. Et tout ça, sans quitter mon salon. C’est ça, la magie de l’ukiyo-e."