
Hyottoko : histoire d’un masque japonais comique entre théâtre, légende et culture pop
Kogechan raconte : Hyottoko, l’homme qui souffle de travers (et traverse les siècles)
Alors voilà. Je chassais à l'affût dans un marché près de Tôkyô, entre un étal de maneki-neko poussiéreux et une boîte en laque qui sentait le saké éventé, quand mon regard l'a croisé…
Une bouche qui part sur le côté comme une bourrasque mal contrôlée, des yeux ronds comme des tambours taiko, des joues toutes gonflées… j’étais tombé sur un Hyottoko.
Et là, forcément, moi, Kogechan, j’ai senti que derrière ce visage rigolo se cachait une histoire beaucoup plus profonde. Allez, suivez-moi.
🔥 Légende d’or et de feu
Hyottoko, c’est pas juste un nom marrant. C’est une contraction de hi (火, feu) et otoko (男, homme). En gros : "l’homme du feu". Et le feu, au Japon, c’est pas juste pour cuire les gyoza : c’est la vie du foyer, la purification, l’esprit domestique.
Mais ce qui est génial, c’est sa légende. Du côté d’Iwate, dans le Tōhoku, on raconte l’histoire d’un gamin du nom d’Hyoutokusu. Un enfant pas comme les autres : il produisait de l’or depuis… son nombril. Oui, vous avez bien lu !
Après sa mort, sa mère aurait façonné un masque à son image pour attirer la chance et la prospérité. Ce masque, suspendu au-dessus du feu, protégeait la maison. Hyottoko est donc devenu un esprit tutélaire du foyer, mais aussi une figure comique et un symbole de bonheur.
Son air soufflant vient de là : souffler sur les braises, maintenir le feu, garder la maison vivante.
🎪 Masque de fête et de fourneau
Hyottoko, dans les matsuri (festivals japonais), c’est le roi du décalage. Il danse comme s’il avait une jambe plus courte que l’autre, souffle, grimace, tourne, se tord… Et souvent, il est accompagné de Okame, sa compagne rondelette au sourire figé.
Leur duo fait rire petits et grands, mais pas seulement pour l’ambiance. Dans la tradition, le rire chasse les mauvais esprits, et la danse comique de Hyottoko a aussi un rôle de protection spirituelle. En faisant rire les dieux, on s’attire leur clémence.
🎭 Hyottoko au théâtre : bienvenue au Kyōgen
Mais ce que j’aime par-dessus tout chez lui, c’est son rôle dans le théâtre Kyōgen. Vous savez, cette forme comique jouée entre deux pièces de théâtre Nō bien sérieuses.
Le Kyōgen, c’est un peu comme le gingembre entre deux sushis : ça réveille.
Hyottoko y devient un personnage grotesque et rusé, souvent un paysan, un serviteur ou un imbécile heureux. Le masque, exagérément expressif, permet de faire rire sans dire un mot. Son regard fixe, sa bouche tordue, tout y est pour faire passer des émotions par le simple mouvement du corps.
Le masque que j’ai déniché pour KOGEDO ? C’est clairement un de ceux-là. Sculpté dans du bois massif, probablement du kusunoki, avec une précision admirable. On sent chaque relief sous les doigts. C’est une pièce qui a du vécu, une âme même.
🪓 Bois, papier et compagnie
Traditionnellement, les masques Hyottoko sont en papier mâché (hariko). C’est léger, bon marché, pratique pour courir dans les rues pendant un festival.
Mais les plus beaux, les plus rares, sont faits en bois sculpté. On en trouve en camphrier, katsura, parfois paulownia, et même en métal pour les usages rituels. Chaque matière donne un caractère différent au masque.
📺 Hyottoko, star sans le vouloir
Et aujourd’hui ? Hyottoko ne s’est pas éteint avec les lanternes des matsuri. Il a même fait son entrée (discrète mais marquante) dans la culture pop japonaise.
Dans Demon Slayer (Kimetsu no Yaiba), vous avez peut-être remarqué que les forgerons — notamment Hotaru Haganezuka, celui qui forge les sabres de Tanjirô — portent un masque au style très… soufflant. Bien que le nom ne soit pas explicitement dit, le lien est évident.
Ce masque :
- rappelle le feu, central dans leur métier,
- protège leur identité secrète,
- et évoque une esthétique folklorique assumée.
Hyottoko, sans dire un mot, continue de souffler sur les braises de la culture japonaise, même dans les œuvres les plus modernes.
🧾 En résumé
- Hyottoko : personnage légendaire du Tōhoku, esprit du feu
- Présent dans les danses populaires, les festivals et le théâtre Kyōgen
- Masques souvent en papier mâché, mais parfois en bois massif
- Encore vivant dans la culture pop, jusqu’aux forges de Demon Slayer
- Un objet à collectionner, à exposer, à faire parler
👉 Découvrez le masque Hyottoko de KOGEDO, c’est une pièce rare.
Je vous laisse. J’ai un bol à thé à négocier avec un vieux marchand bougon. Mais je vous dis à très vite pour une nouvelle chronique de Kogechan — votre brocanteur préféré, moustache de tanuki inclus 🐾