Motifs géométriques japonais : reconnaître et comprendre les motifs des haori et kimono
Les textiles japonais traditionnels sont riches en motifs géométriques (文様 – mon’yō). À première vue, ils peuvent sembler simples ou répétitifs… mais en réalité, chacun repose sur une construction précise et raconte quelque chose.
Avec un peu d’attention, ces motifs deviennent beaucoup plus lisibles — et surtout beaucoup plus intéressants à regarder. C’est souvent là que le regard change, et qu’un haori prend une toute autre dimension.
Pour observer ces motifs sur de véritables textiles japonais, découvrez notre sélection de kimono, haori, yukata et obi japonais vintage, chinés directement au Japon.
Les grandes familles de motifs
Pour ne pas se perdre, le plus simple est de les regrouper par familles. Tu verras, une fois cette logique en tête, tout devient plus clair.
Motifs à base de triangles, losanges & hexagones
Asanoha (麻の葉) — Feuille de chanvre

Motif en étoile formé de triangles imbriqués, très régulier. Il était souvent utilisé pour les vêtements d’enfants, car le chanvre pousse vite et droit. Aujourd’hui encore, il dégage une impression de solidité et d’équilibre très caractéristique.
Kikkō (亀甲) — Carapace de tortue

Réseau d’hexagones inspiré de la carapace de tortue. C’est un motif associé à la longévité et à la stabilité. Sur certains textiles, chaque hexagone contient un détail supplémentaire, ce qui enrichit beaucoup l’ensemble.
Kagome (籠目) — Treillis de panier

Motif triangulaire ajouré qui rappelle le tressage du bambou. Sa structure est plus ouverte que l’asanoha, ce qui aide à les différencier. Il est souvent considéré comme protecteur.
Uroko (鱗) — Écailles

Motif de triangles répétés, parfois en couches superposées. Inspiré des écailles, il est associé à la protection et à la transformation. C’est un motif très courant, souvent utilisé de manière discrète.
Hishi (菱) — Losanges

Motif en losanges, parfois discret, parfois très présent selon l’échelle. Il est souvent associé à des idées de croissance ou de développement.
Matsukawabishi (松皮菱) — Losange en écorce de pin

Une variation ancienne du motif hishi, formée d'un grand losange auquel se superposent deux losanges plus petits. Son nom vient de sa ressemblance avec les plaques irrégulières de l'écorce du pin. Très présent dans les arts décoratifs japonais, il apparaît aussi sur de magnifiques kosode anciens. Le pin, toujours vert, lui apporte une association traditionnelle avec la longévité et la permanence.
Motifs circulaires, courbes et ondulés
Seigaiha (青海波) — Vagues de la mer

Arcs concentriques réguliers représentant la mer. C’est un motif très ancien, associé à la continuité et à la sérénité. Il fonctionne aussi bien en fond qu’en motif principal.
Shippō (七宝) — Cercles entrelacés

Motif formé par des cercles qui se croisent représentant 7 trésors bouddhistes. Il évoque l’harmonie et les relations durables. Visuellement, c’est l’un des motifs les plus doux et équilibrés.
Shiba / Shibakusa (芝・芝草) — Herbes en arcs

De petits arcs de cercle répétés évoquent des touffes d'herbe ou les ondulations d'une pelouse. À la frontière entre géométrie et représentation de la nature, le motif transforme quelques courbes très simples en paysage miniature. C'est justement ce genre de stylisation que l'on adore dans les textiles japonais.
Tsuyushiba (露芝) — Rosée sur l'herbe

Une variation du shiba où de petits points ou gouttes viennent se poser sur les arcs : ce sont les gouttes de rosée sur l'herbe. Le motif est ancien et joue sur une idée très japonaise : la beauté d'un instant fragile, puisque la rosée disparaît avec le soleil du matin.
Uzumaki (渦巻) — Spirale

La spirale est l'une des formes géométriques les plus anciennes et les plus universelles. Au Japon, uzumaki signifie littéralement « tourbillon » et le motif est naturellement associé au mouvement de l'eau. On le retrouve sous de nombreuses formes dans la teinture, le tissage, la céramique et les arts décoratifs.
Kanzemizu (観世水) — Eau de Kanze

Des lignes courbes et des spirales dessinent une eau en mouvement, presque hypnotique. Le motif est traditionnellement associé à la famille Kanze, l'une des grandes écoles du théâtre Nō. Plus figuratif que l'uzumaki, il transforme la spirale en véritable courant d'eau stylisé.
Motifs linéaires et directionnels
Yagasuri (矢絣) — Flèches

Motif inspiré des plumes de flèches. Il donne une direction au regard et apporte du dynamisme. Traditionnellement, il symbolise une avancée sans retour, ce qui explique sa popularité dans certains contextes.
Tatewaku (立涌) — Vapeur montante

Lignes ondulées verticales évoquant la vapeur qui s’élève. Le motif est vivant, jamais totalement figé, et sert souvent de base à d’autres compositions.
Yoroke-jima (よろけ縞) — Rayures irrégulières

Rayures verticales légèrement déformées. Elles cassent la rigidité des lignes droites et apportent un mouvement subtil, très agréable à l’œil.
Yamaji (山路) — Chemin de montagne

Une succession de lignes brisées forme des zigzags rappelant un chemin qui monte et descend dans la montagne. Le dessin est extrêmement simple, mais donne immédiatement du rythme à une composition textile. Il peut être utilisé seul, en bordure ou pour structurer d'autres motifs.
Motifs en grille et répétition
Ichimatsu (市松) — Damier

Motif en carrés réguliers. Très graphique, il symbolise la continuité. Malgré son ancienneté, il reste étonnamment moderne dans son rendu, et c'est le motif du haori de Tanjirô dans Kimetsu no Yaiba !
Kōshi (格子) — Treillis

Quadrillage inspiré de l’architecture japonaise. Simple en apparence, mais avec de nombreuses variantes. Il apporte une structure calme et ordonnée au textile.
Igeta (井桁) — Margelle de puits

Une forme très simple, proche de notre signe #, constituée de quatre éléments qui se croisent. Elle représente la structure de bois placée autour d'un puits traditionnel japonais. Sur un textile, l'igeta peut être répété en grille et devenir étonnamment graphique.
Higaki (檜垣) / Ajiro (網代) — Entrelacs en diagonale

Des bandes courtes s'entrecroisent en diagonale pour créer un effet de tressage très graphique. Le higaki évoque traditionnellement une clôture faite de fines lattes de cyprès, tandis qu'ajiro désigne plus largement des structures tressées. On retrouve ce type de dessin dans la vannerie, l'architecture, les obi et les étoffes à motifs tissés.
Sangikuzushi (算木崩し) — Baguettes de calcul

De petits groupes de lignes sont disposés alternativement à l'horizontale et à la verticale, créant un rythme proche d'un damier. Le motif dérive des sangi, anciennes baguettes utilisées pour effectuer des calculs. Dans sa forme classique à trois traits, on rencontre aussi le nom sankuzushi (三崩し). Un motif ancien qui paraît pourtant presque contemporain.
Motifs continus (tsunagi-mon)
Ces motifs sont construits en lignes continues. Ils demandent un peu plus d’attention, mais deviennent très lisibles une fois repérés.
Sayagata (紗綾形)

Motif de lignes continues formant des croix imbriquées. Il évoque la continuité et la prospérité. Une fois que tu l’as reconnu une fois, tu le repères partout.
Raimon (雷文)

Motif anguleux en lignes continues, proche d’un tracé en labyrinthe. Il apporte une présence graphique forte et est associé à l’énergie.
Kaku-tsunagi (角繋ぎ) — Carrés entrelacés
Des cadres carrés s'enchaînent et semblent passer les uns au-dessus des autres. Cette construction continue produit un véritable effet de tresse géométrique. Comme beaucoup de motifs tsunagi, sa force vient de cette impression que le dessin pourrait se poursuivre indéfiniment.

Kuginuki-tsunagi (釘抜繋ぎ) — Losanges reliés

Un motif continu composé de petits losanges ou formes quadrangulaires reliées entre elles. Son nom fait référence au kuginuki, l'outil servant à arracher les clous, dont la forme stylisée a donné naissance au motif. Assez discret aujourd'hui, il appartient à cette grande famille japonaise des motifs tsunagi, construits pour se prolonger sans fin.
Fundō-tsunagi (分銅繋ぎ) — Poids de balance reliés

Une succession de formes courbes inspirées des fundō, les anciens poids utilisés avec les balances japonaises. Reliées les unes aux autres, elles créent un motif continu très élégant. La forme du fundō étant également associée aux lingots et aux métaux précieux, le motif a acquis une connotation de prospérité.
Motifs texturaux (komon)
Ici, on est presque dans la texture plus que dans le motif.
Same-komon (鮫小紋)

Motif composé de minuscules points serrés insipré de la peau de requin ou de raie ! De loin, il paraît uni. De près, il révèle toute sa finesse. C’est typiquement le genre de détail qu’on découvre en prenant le temps. On l'adore chez Kogedo !
Kanoko (鹿の子)
Littéralement "faon", c'est un motif de petits points irréguliers inspiré des techniques de teinture shibori. Il apporte une sensation plus douce et organique.

Mameshibori (豆絞り) — Petits pois en shibori

Un semis régulier de petits cercles blancs, traditionnellement obtenu par teinture shibori. Mame signifie « haricot » : le nom fait référence à ces petites formes rondes répétées sur le tissu. Simple, populaire et immédiatement lisible, c'est un bon exemple d'un motif né directement d'une technique textile.
Gyōgi (行儀) — Points alignés

Des minuscules points sont alignés avec une extrême régularité sur des diagonales qui se croisent. Le gyōgi appartient à l'univers raffiné de l'Edo komon, où la précision du motif est telle que le tissu paraît presque uni à distance. Son nom, qui évoque les bonnes manières et l'étiquette, fait écho à cette rigueur impeccable du dessin.
Tōshi-komon (通し小紋) — Points alignés

L’un des grands classiques de l’Edo komon (江戸小紋). Le Tōshi se compose d’une multitude de points minuscules disposés avec une extrême régularité, alignés verticalement et horizontalement. C’est justement ce qui permet de le distinguer du Gyōgi, dont les points suivent des lignes diagonales à 45°. Dans sa célèbre variante Kakudōshi (角通し), les points prennent la forme de minuscules carrés.
Pour aller encore plus loin dans l’observation des textiles, découvre aussi notre guide des différents types de soie japonaise : rinzu, chirimen, tsumugi, habutae et omeshi.
Conclusion
Reconnaître ces motifs, c’est un peu comme apprendre une nouvelle langue visuelle.
Au début, tout semble similaire. Puis, progressivement, les différences apparaissent. Et une fois que l’œil s’habitue, chaque haori devient beaucoup plus riche à observer.
Et si tu veux mieux connaître le vêtement sur lequel nous rencontrons si souvent ces motifs chez KOGEDO, découvre notre guide consacré à l’histoire du haori japonais et ses différents styles.
Chez KOGEDO, c’est exactement ce qu’on aime : prendre le temps de regarder, comprendre, et laisser les détails se révéler.
Et vous quel motif préférez-vous ? 🦝
Ces motifs ne sont d’ailleurs pas réservés aux pièces anciennes : retrouve aussi l’esthétique des tissus japonais traditionnels dans les haori modernes de l’Atelier KOGEDO, confectionnés à la main par Mikan.
À suivre
Dans le prochain article :
👉 les motifs floraux japonais (et là, il y a du monde 🌸)