Estampe de Yoshioka Yoshitoshi représentant Susanoo combattant le dragon Yamata no Orochi

Susanoo (須佐之男命) — le dieu des tempêtes

曇りのち晴れ

Kumori nochi hare — “Après les nuages, le beau temps.”

Introduction

Parmi les grandes divinités du Japon, Susanoo-no-Mikoto (須佐之男命) tient une place essentielle.
Il est l’un des trois kami primordiaux nés de la purification d’Izanagi (伊邪那岐命) — et avec ses frère et sœur Amaterasu (天照大神), déesse du Soleil, et Tsukuyomi (月読命), dieu de la Lune, il forme la trinité fondatrice du shintō (神道), la voie des dieux.

Susanoo, dieu des mers, des vents et des tempêtes, est à la fois le chaos et la promesse d’un ordre nouveau.
Sa colère renverse, sa fureur détruit, mais son courage sauve.
Sans lui, il n’y aurait pas d’équilibre entre lumière et obscurité, calme et tumulte, vie et purification.

C’est un dieu à visage d’homme : capricieux, rebelle, magnifique.
Et c’est peut-être pour cela qu’il fascine autant les artistes, les poètes… et les artisans.

Le mythe de Susanoo

izanami et izanagi

Naissance d’un dieu rebelle

Le Kojiki (古事記) raconte que, lorsqu’Izanagi sortit du royaume des morts (Yomi, 黄泉の国), il se purifia dans les eaux du fleuve Tachibana.
De cette ablution naquirent trois enfants divins :

  • Amaterasu, issue de son œil gauche, lumière pure du monde,
  • Tsukuyomi, né de son œil droit, gardien du temps nocturne,
  • et Susanoo, sorti de son nez, souffle des mers et des tempêtes.

Mais Susanoo n’accepta jamais son rôle.
Il voulait rejoindre sa mère défunte dans les ténèbres.
Son chagrin se fit ouragan — sa colère, déluge.

ukiyo-e de Toshimasa représentant amaterasu sortant de la cave

☀️ Le conflit avec Amaterasu

Envieux de sa sœur, il sème le désordre dans le ciel : détruit les rizières, renverse les digues, et, dans un geste fou, jette un cheval écorché dans le palais d’Amaterasu.
La déesse, blessée, se cache dans la grotte d’Ame no Iwato (天岩戸) — et la lumière du monde s’éteint.

Les dieux bannissent alors Susanoo des cieux.
Privé de barbe, d’ongles, d’honneur, il chute sur terre.
Mais ce bannissement sera son initiation.

ukiyo-e de Chikanobu représentant le combat de Susanoo et Yamata no orochi

🐉 Le combat contre Yamata no Orochi

Errant dans la province d’Izumo (出雲), il découvre un village terrorisé par un dragon à huit têtes, Yamata no Orochi (八岐大蛇), qui dévore chaque année une jeune fille.
Il reste une seule survivante : Kushinada-hime (櫛名田比売).

Susanoo la promet à la vie.
Il prépare huit jarres de saké, les place devant huit barrières.
Le monstre s’enivre, s’endort — et Susanoo le terrasse d’un seul élan.

Dans l’une de ses queues, il découvre une lame divine : Kusanagi no Tsurugi (草薙剣).
Il l’offrira à sa sœur Amaterasu, en signe de paix.

Ainsi, le dieu du chaos devient héros et protecteur.
Le vent se calme. La mer reflète le soleil.

Les trois trésors sacrés du Japon

Héritage divin

L’épée Kusanagi, le miroir Yata no Kagami et le joyau Yasakani no Magatama deviendront les trois trésors impériaux du Japon (三種の神器) — symboles du pouvoir céleste et terrestre.
Susanoo, quant à lui, épouse Kushinada et fonde la dynastie mythique d’Izumo.

De destructeur, il devient ancêtre.
De rebelle, il devient protecteur.

Masque Nô japonais en céramique Kutani représentant Susanoo no Mikoto, signé Matsuda Sokawa, vue de face

🎭 Susanoo dans le théâtre Nō

Dans le théâtre Nō (能), Susanoo apparaît dans certaines pièces du répertoire kami-mono (神物能).
Son masque, le Susanoo-men (須佐之男命面), montre un visage fort : mâchoire anguleuse, barbe ondulée, regard d’orage.
On y lit la puissance du vent et la discipline du guerrier.

Sous la lumière, son expression semble changer — calme un instant, furieuse le suivant.
C’est un masque vivant, comme la mer qu’il incarne : imprévisible, sacré, sublime.

ukiyo-e de Kineteru représentant Susanoo combattant Yamata no Orochi

Susanoo dans l’ukiyo-e — la tempête en image

Bien avant les écrans et les mangas, Susanoo (須佐之男命) a inspiré les maîtres de l’ukiyo-e (浮世絵), ces “images du monde flottant” qui ont immortalisé les héros et les dieux japonais.

Au XIXe siècle, de nombreux artistes comme Utagawa Kuniyoshi (歌川国芳), Utagawa Kuniteru ou Toyohara Chikanobu (豊原周延) le représentent en héro affrontant le dragon Yamata no Orochi (八岐大蛇) dans un tourbillon de vagues et de nuages, le corps tendu comme une lame divine.
Une des plus célèbre ukyo-e est celle de Tsukioka Yoshitoshi (月岡芳年) sous forme de tryptique.

Dans le papier, comme dans le ciel, Susanoo continue de gronder.

 

source : https://gamerant.com/naruto-strongest-susanoo/

Susanoo dans la culture populaire

Le dieu du tonnerre n’a jamais quitté le Japon : il s’est simplement transformé avec le temps. Il est régulièrement représenté dans le monde des animés et jeux vidéo :

  • Dans Naruto Shippūden (ナルト疾風伝), le Susanoo (須佐能乎) des Uchiha est un immense avatar de chakra, symbole de protection et de rage maîtrisée.
  • Blue Seed (ブルーシード) est basé sur la mythologie japonaise et la légende de Susanoo, lié à la lignée de Kushinada. Sa résurection risque de mettre en péril l'humanité.
  • Dans Ōkami (大神), il devient un héros humain, comique et courageux, descendant de la lignée mythique, compagnon de la déesse-louve Amaterasu.
  • Dans Shin Megami Tensei et Persona, il représente la force du changement intérieur, le chaos qui purifie.
  • Dans la série Fate, Susanoo apparaît sous la classe Saber, représenté comme un dieu-sabreur calme et puissant.

Chez KOGEDO…

Chez KOGEDO, Susanoo il n'est plus un mythe : il est un masque artisanal.
Celui qui forge dans le tumulte, qui transforme la colère en œuvre, la tempête en création.

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