Kabuki & Estampe japonaise : Yakusha-e
Le film Le Maître du Kabuki
La sortie du film Le Maître du Kabuki fin 2025 remet en lumière un art longtemps central dans la culture populaire japonaise : Le théâtre Kabuki.
Mais qu'est-ce donc que le kabuki ? Ce style de théatre intrigue : les costumes, le maquillage, les gestes, les rôles...
Avant le cinéma et la photo, le Kabuki se regardait aussi ailleurs que sur scène. Les acteurs étaient connus, suivis, reconnus, et leur image circulait sous forme d’estampes. On les appelle les yakusha-e.
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Le Kabuki : quelques repères essentiels
Le Kabuki est une forme de théâtre qui apparaît à la période Edo au début du XVIIᵉ siècle, dans les grandes villes japonaises comme Kyoto, Osaka, puis Edo. C’est un théâtre urbain et populaire, destiné à un public large.
Très tôt, il se structure autour de rôles fixes. Un acteur se spécialise dans un type précis de personnage, qu’il peut interpréter toute sa vie. Styles de jeu et noms d’acteurs se transmettent souvent au sein de lignées. La célèbre lignée des Ichikawa Danjūrō à plus de 300 ans avec aujourd'hui Ichikawa Danjūrō XIII !
On distingue notamment :
- les rôles héroïques
- les antagonistes
- les rôles comiques
- les vieillards
- et les onnagata, rôles féminins joués par des hommes
Le jeu repose sur des codes visuels stricts : maquillage (kumadori), costumes spectaculaires, gestes stylisés. Certaines poses, appelées mie, figent l’acteur à un moment clé afin de concentrer toute la tension dramatique dans le visage et la posture.
Par certains aspects, le Kabuki rappelle la Commedia dell’Arte italienne : un théâtre populaire fondé sur des rôles fixes, des personnages immédiatement reconnaissables, et un jeu qui passe avant tout par le corps et le costume.

Quand le Kabuki devient image : les yakusha-e
Les yakusha-e sont des estampes ukiyo-e représentant des acteurs de Kabuki dans leurs rôles (Yakusha = acteur en japonais). Elles montrent les acteurs en scène, identifiables par leur costume, leur maquillage et leur pose.
À l’époque d’Edo, les acteurs de Kabuki sont de véritables célébrités. Le public suit leurs carrières, reconnaît leurs rôles emblématiques, compare leurs interprétations. Les estampes prolongent cette expérience : elles circulent, se collectionnent, se commentent. Un peu comme les cartes pokemon aujourd'hui ! ^^
Le yakusha-e est ainsi devenu l’un des thèmes majeurs de l’estampe japonaise.
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Comment reconnaître une estampe d’acteur de Kabuki ?
Plusieurs éléments permettent d’identifier rapidement une estampe yakusha-e.
- Maquillage : visage blanchi, lignes rouges, bleues ou noires indiquant la nature du personnage.
- Regard : yeux très expressifs, parfois volontairement louchés, notamment dans les poses de mie.
- Posture : gestes figés, arrêtés au sommet de l’action.
- Costume : riche, graphique, immédiatement reconnaissable.
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Les maîtres de l’estampe face au Kabuki : un genre central
Le yakusha-e traverse toute l’histoire de l’ukiyo-e. Presque tous les grands artistes s’y sont confrontés.

Kunisada (alias Toyokuni III) en est la figure centrale. Aucun autre artiste n’a autant représenté les acteurs de Kabuki sur une période aussi longue. Son œuvre documente acteurs, rôles, costumes et évolutions du théâtre, constituant une véritable mémoire visuelle du Kabuki.
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Toyohara Kunichika s’inscrit directement dans cette lignée. Actif plus tardivement, il est, après Kunisada, l’artiste le plus étroitement associé au yakusha-e. Ses estampes, plus colorées et plus chargées, montrent un Kabuki spectaculaire à la fin de son âge d’or.
Sharaku, à l’inverse, reste une apparition brève. Sa vision est plus dure, plus psychologique, montrant les acteurs dans l’effort du jeu.

Le fait que des artistes comme Kuniyoshi ou Hiroshige, connus pour d’autres genres majeurs, aient également produit des yakusha-e confirme le caractère central de ce domaine.

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Onnagata : quand l’image brouille les pistes
Les onnagata, acteurs spécialisés dans les rôles féminins, sont l’un des aspects les plus fascinants du Kabuki. À l’origine, les femmes jouaient dans le Kabuki, mais au XVIIᵉ siècle, les autorités interdisent leur présence sur scène, le théâtre étant jugé trop lié à la séduction, à la prostitution et aux troubles de l’ordre public (pas très féministe tout ça...). Les rôles féminins sont alors confiés à des hommes adultes, donnant naissance aux onnagata.
Dans les yakusha-e, il est parfois difficile de distinguer un onnagata d’une bijin-ga, estampe représentant une belle femme. Cette ambiguïté est volontaire.
L’onnagata n’imite pas une femme réelle. Il incarne une féminité stylisée, transmise et codifiée, que l’estampe accentue encore.
Quelques indices peuvent toutefois aider :
- poses très théâtrales ou figées
- gestes légèrement plus tendus
- expressions du visage marquées par le jeu scénique
- et surtout inscriptions mentionnant acteur, rôle ou pièce de Kabuki
Malgré cela, le doute persiste souvent.. Homme ? Femme ? C’est précisément ce trouble qui fait la force de ces images.
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Pourquoi les yakusha-e restent actuelles
Les yakusha-e parlent d’image publique, de rôle, de performance. Elles montrent des figures connues, figées dans une posture destinée à être reconnue et mémorisée.
Cette relation à l’image reste étonnamment proche de la nôtre, ce qui explique l’intérêt constant pour ces estampes.
Le regard KOGEDO
Chez KOGEDO, quand on regarde une estampe Yakusha-e, on s'imagine toujours l'artiste entrain de regarder la pièce et les acteurs jouer dans un somptueux théâtre Kabuki de l'ère Edo ! C'est fascinant !