E-hon : les livres illustrés japonais, ancêtres des mangas ?

E-hon : les livres illustrés japonais, ancêtres des mangas ?

Un e-hon (絵本) est un « livre illustré » japonais. À l’époque Edo (1603-1868), ces ouvrages imprimés à partir de planches de bois gravées associent texte et images, et ont souvent été illustrés par les plus grands maîtres de l’estampe, comme Hokusai ou Kunisada. Ils comptent parmi les origines lointaines du manga.

Imaginez le Japon il y a 200 ans. Pas de télévision, pas de cinéma et encore moins de Netflix… Pourtant, les Japonais dévoraient déjà des histoires de guerriers, de héros aux pouvoirs extraordinaires, de créatures fantastiques et d'amours impossibles.

Et pour illustrer ces aventures ? Certains des plus grands maîtres de l'estampe japonaise !

Bienvenue dans l'univers des e-hon (絵本), ces fascinants livres illustrés du Japon ancien, à la rencontre de l'art de l'estampe, de la littérature populaire et des origines lointaines du manga.

Couverture polychrome de Muromachi Genji Kochō no Maki, roman illustré d'Edo écrit par Tanehiko II et dessiné par Kunisada II.

📖 Qu'est-ce qu'un e-hon japonais ?

En japonais, e-hon signifie littéralement « livre d'images » ou « livre illustré ».

Ces ouvrages connaissent un formidable essor durant l'époque Edo (1603-1868). Et attention, il ne s'agit pas simplement de livres pour enfants !

Leur particularité ? Beaucoup sont réalisés grâce à la même technique que les estampes ukiyo-e : la gravure sur bois, ou xylographie.

Les illustrations, mais aussi les caractères du texte, sont gravés sur des planches de bois, puis imprimés sur du papier japonais washi. Les feuilles sont ensuite pliées et assemblées, souvent grâce à une reliure cousue traditionnelle appelée fukurotoji.

On obtient ainsi de petits ouvrages que l'on feuillette de droite à gauche, où chaque double page peut devenir une véritable œuvre d'art !

Et si vous êtes curieux de découvrir les coulisses de cette technique fascinante, nous vous expliquons comment un morceau de bois devient une estampe japonaise.

Kiyokawa armée d’une naginata neutralise Kurōta, scène de femme guerrière dans un manga Edo et livre illustré japonais antique. Yoshikazu 1857

Des e-hon pour tous les goûts !

L'univers des ehon est étonnamment varié : recueils de paysages, albums de fleurs et d'animaux, scènes de la vie quotidienne, poésie illustrée ou encore manuels de dessin destinés aux artistes.

À leurs côtés, d'autres genres de livres illustrés connaissent un immense succès : les kibyōshi, petits récits souvent satiriques reconnaissables à leurs couvertures jaunes, et surtout les gōkan (合巻), de longs romans populaires richement illustrés et publiés en plusieurs volumes.

De quoi satisfaire aussi bien les amateurs d'art que les lecteurs avides d'aventures !

Comment lisait-on un gōkan ?

Dans les gōkan, le texte se déploie souvent autour des images, sur de grandes doubles pages très animées. On lisait globalement de droite à gauche et de haut en bas, comme dans les mangas japonais actuels.

Mais lorsque le texte serpentait entre les personnages et les décors, pas toujours facile de retrouver la suite de l'histoire !

Pour guider le lecteur, on utilisait alors une petite astuce : des signes de renvoi placés à la fin d'une zone de texte et au début de la suivante. Triangles, sabliers, petites gourdes… Il suffisait de retrouver les deux symboles identiques pour reprendre sa lecture au bon endroit.

Un ingénieux petit jeu de piste qui faisait aussi partie du plaisir de la lecture !

illustration des signes indiquant le sens de lecture du texte dans un gokan e-hon japonais de l'époque Edo

Pour vous faire une idée, découvrez les pages d'un authentique gōkan de 1857, le Kinsei Bijin-roku, illustré par Utagawa Yoshikazu, passé entre les mains de KOGEDO !

Couverture originale du Kinsei Bijin-roku, manga Edo 1857 et livre illustré japonais ancien par Utagawa Yoshikazu, femme en kimono au jardin.

Des noms cachés sur les kimonos

Autre petite astuce des illustrateurs de l'époque Edo : les personnages des gōkan portent souvent leur nom directement sur leurs vêtements !

Pourquoi ? Parce qu'avec tous ces héros, ces histoires à rebondissements et ces visages parfois assez semblables, il n'était pas toujours facile de reconnaître qui était qui !

Les artistes avaient donc trouvé une solution ingénieuse : intégrer sur les kimonos, généralement sur les manches, un petit caractère japonais tiré du nom du personnage, parfois entouré d'un cercle. Il pouvait s'agir d'un kanji ou de quelques signes en écriture phonétique.

Ainsi, dans le célèbre Nise Murasaki Inaka Genji, le héros Mitsuuji (光氏) porte simplement le caractère 氏.

Un véritable petit badge d'identification avant l'heure ! La prochaine fois que vous observerez les illustrations d'un gōkan, amusez-vous à chercher ces petits caractères cachés dans les vêtements !

Illustration d'un gōkan japonais de l'époque Edo montrant des personnages dont les kimonos portent des caractères japonais permettant de les identifier.

Quand Hokusai et Kunisada illustraient les best-sellers de leur époque

Aujourd'hui, on connaît Hokusai pour sa célèbre Grande Vague, Hiroshige pour ses paysages et Kunisada pour ses portraits d'acteurs de kabuki.

Mais saviez-vous que ces artistes travaillaient également pour l'édition de livres illustrés ?

En 1807, Hokusai collabore avec le célèbre écrivain Kyokutei Bakin pour illustrer Chinsetsu Yumiharizuki, un grand roman d'aventures mettant en scène le guerrier légendaire Minamoto no Tametomo. Combats spectaculaires, exploits héroïques et créatures extraordinaires prennent vie sous le pinceau du maître !

Quelques décennies plus tard, Utagawa Kunisada s'associe à l'écrivain Ryūtei Tanehiko pour Nise Murasaki Inaka Genji (1829-1842), une réinterprétation pleine de rebondissements du célèbre Dit du Genji.

Un véritable phénomène de société à l'époque, que nous vous racontons plus en détail dans notre article consacré au Dit du Genji et à ses adaptations en estampes japonaises, les Genji-e.

couverture du nise genji de l'époque Edo

Ces collaborations montrent à quel point l'art de l'estampe et la littérature populaire étaient liés au Japon. Un auteur imaginait l'histoire, un artiste lui donnait vie et un éditeur réunissait leurs talents pour séduire les lecteurs.

Une recette qui n'a finalement pas tellement changé !

🐸 Le saviez-vous ? Jiraiya, Orochimaru et Tsunade existaient bien avant Naruto !

Les fans de Naruto vont adorer cette anecdote : les trois légendaires ninjas Jiraiya, Orochimaru et Tsunade existaient déjà au XIXe siècle !

On les retrouve dans Jiraiya Gōketsu Monogatari (« Le récit du valeureux Jiraiya »), un immense roman illustré de type gōkan, publié en 43 livraisons entre 1839 et 1868, et illustré notamment par Utagawa Kunisada.

Jiraiya y maîtrise la magie des crapauds, Tsunade celle des limaces et Orochimaru celle des serpents. Un trio inspiré du sansukumi (三すくみ), un principe traditionnel japonais dans lequel trois forces se dominent mutuellement.

Environ 160 ans avant la naissance de Naruto, les lecteurs japonais découvraient donc déjà ces personnages et leurs incroyables pouvoirs !

double page de jiraiya monogatari illustrant un crapaud, époque Edo

Les e-hon sont-ils vraiment les ancêtres des mangas ?

Eh bien… en quelque sorte ! Mais l'histoire mérite une petite nuance.

Les livres illustrés de l'époque Edo, particulièrement les kibyōshi et les gokan, présentent déjà plusieurs caractéristiques que l'on retrouve dans les mangas actuels : personnages expressifs, dialogues, scènes d'action, humour et aventures publiées en épisodes.

En revanche, ils ne possèdent pas encore toutes les caractéristiques de la bande dessinée moderne, notamment son découpage narratif en cases.

Et impossible de parler des origines du manga sans évoquer les célèbres Hokusai Manga, dont le premier volume paraît en 1814.

Malgré leur nom, ce ne sont pas des bandes dessinées ! Il s'agit d'extraordinaires recueils de croquis représentant personnages, animaux, paysages, créatures fantastiques et scènes du quotidien.

hokusai manga double page

Ces ouvrages montrent une autre facette du génie de Hokusai, dont nous vous racontons la vie et l'œuvre dans notre portrait du célèbre maître de l'ukiyo-e.

Les e-hon n'ont donc pas inventé le manga à eux seuls, mais ils appartiennent à cette longue tradition japonaise où le dessin et le récit se rencontrent pour donner vie à tout un univers imaginaire.

Les e-hon anciens, des objets de collection

À l’époque Edo, ces livres étaient faits pour être lus, feuilletés, prêtés et partagés. Aujourd’hui, les e-hon anciens sont devenus de précieux objets de collection, appréciés pour leurs qualités artistiques comme pour leur intérêt historique. On y retrouve le trait d’un maître de l’ukiyo-e, les histoires qui passionnaient les Japonais il y a deux siècles, et parfois l’origine de personnages qui nous font encore rêver.

Chez KOGEDO, nous aimons justement dénicher ces témoignages du Japon ancien, des livres illustrés aux estampes originales de l'époque Edo. Si cette petite plongée dans l'histoire de l'art japonais vous a donné envie d'en découvrir davantage, venez explorer notre collection d'estampes japonaises anciennes et authentiques.

 

FAQ : Questions fréquentes sur les e-hon

Qu’est-ce qu’un e-hon ?
Un e-hon (絵本) est un livre illustré japonais, littéralement un « livre d’images ». Ceux de l’époque Edo (1603-1868) étaient imprimés à partir de planches de bois gravées, sur du papier washi. Ils ne s’adressaient pas qu’aux enfants : on y trouvait des paysages, des romans, de la poésie ou des manuels de dessin.

Qu’est-ce qu’un gōkan ?
Un gōkan (合巻) est un long roman populaire illustré de l’époque Edo, publié en plusieurs volumes. Le texte y est intégré à l’image et se lit globalement de droite à gauche et de haut en bas. Des artistes comme Utagawa Kunisada ont illustré des gōkan très célèbres.

Comment fabriquait-on un e-hon ?
Les illustrations et le texte étaient gravés sur des planches de bois (xylographie), puis imprimés sur du papier washi. Les feuilles étaient pliées et assemblées, souvent avec une reliure cousue appelée fukurotoji.

Dans quel sens lit-on un livre japonais ancien ?
De droite à gauche, en commençant par ce qui serait pour nous la dernière page. Dans un gokan, de petits symboles (triangles, sabliers, gourdes) indiquaient où reprendre la lecture quand le texte passait d’une zone à l’autre.

Les e-hon sont-ils les ancêtres du manga ?
En partie. Les kibyōshi et les gōkan comportaient déjà des personnages expressifs, des dialogues, des scènes d’action et une publication en épisodes, mais pas encore le découpage en cases du manga moderne. Les Hokusai Manga (1814) sont des recueils de croquis, pas des bandes dessinées.

Quels artistes ont illustré des e-hon ?
Hokusai, Utagawa Kunisada et Utagawa Yoshikazu, entre autres. Hokusai a notamment illustré Chinsetsu Yumiharizuki (1807), et Kunisada Nise Murasaki Inaka Genji (1829-1842).

Où trouver un e-hon ancien ?
KOGEDO propose des livres illustrés et des estampes originales de l’époque Edo : collection estampes japonaises anciennes et authentiques.

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